30 ans d’histoire, de passion et de saine rivalité au service du football féminin

Lancé à grande vitesse en 1971, le football féminin commençait à s’essouffler une dizaine d’années après ses premiers pas. À l’instar du football masculin qui entra presque en hibernation après le titre de champion de la Caraïbe des Nations (Coupe Jean-Claude Duvalier) à Surinam en 1979 avec une belle génération de joueurs (Paul Maxi, Goebbels Cadet, Bayard, Reginald Vielot, Guy Allen, Jean Yves Vincent, Gérald Romulus, Fritz Bobo, Carmin Velima, Jean Jo Mathelier, Wilfrid Jean-Baptiste, Carlo Brévil), cette belle équipe qui dompta et domina la Caraïbe pendant deux ans.

Même la magnifique campagne du Violette décrocha son titre de champion de la Concacaf des clubs champions en 83-84 après une magnifique campagne sous la conduite de deux jeunes techniciens exceptionnels (Charles Ponpon Vorbe et Ralph Kernizan). Cet exploit sans lendemain pouvait passer pour un chant du cygne et pouvait être assimilé à un baroud d’honneur dans un ciel qui paraissait brumeux. Même la cavalcade réussie par l’aigle noir en 1984 avec Eddy Simon par une classe « yéyé» , à la même époque les matches inoubliables du All gonaïves avec les Eddy Pierre, Francen Alexandre, Carlo Benoit , Georges Saint-Pierre, les frères Mathelier, Roberto Montas était masqué un peu par le vent négatif et les nuages sombres qui s’amoncelaient annonciateurs de la chute lente mais inévitable du régime des Duvalier.

Le football féminin entre 1982 et 1987 était le plus affecté. Après la participation au championnat du monde sur invitation en Chine en été 1982, un fort contingent de joueuses ont choisi de rester aux États-Unis lors de l’escale retour de New York et certains clubs : Vacancia, Minerve, Gladiatrices, Aiglonnes et même Amazone ne survécurent pas à l’hémorragie. Ainsi il n’y eut pas de championnat de filles entre 1983 et 1988 ; à un moment, les Tigresses étaient même le seul club qui maintenait une activité minimale chaque dimanche à l’Union School au Bicentanaire sans pouvoir jouer de compétition. Les « Hirondelles » des Cayes, initiative d’un respecté animateur de radio (Radio diffusion haïtienne de P-au-P) émigré aux Cayes (Radio Diffusion Cayenne) s’étaient bien lancées dans l’arène en 1983 mais quasiment étaient confinées à des activités périodiques.

Le football féminin, surtout dans les années agitées 1984, 1985,1986, 1987 après la mort des trois écoliers gonaïviens qui déclenchèrent l’insurrection contre un Duvalier agonisant semblait mourir faute de clubs et de pratiquantes.

Le mouvement, malgré la reconnaissance de la Fédération haïtienne de football en 1976, était agonisant et s’éteignait doucement.

Une deuxième naissance

En février 1987, Léogâne, la ville bastion du football féminin se mobilisa. Deux sportifs moniteurs de sport au Lycée Anacaona, Yves Adolphe Damour et Jean Yves Philogène Labaze, prirent l’initiative de créer un club féminin avec les filles pratiquantes de volley. Ce fut la folie. Non seulement Anacaona SC vit le jour mais dans la foulée plusieurs équipes ZARAGUA de Guérin, Saint-Luc, Colo Colo de Lacul, Aurore de Brache, se lancèrent dans l’arène ; la rivalité naissante entre ces nouvelles entités fit le reste. Les fondateurs d’Anacaona invitèrent les Tigresses comme marraines au baptême de la nouvelle équipe. Une brève cérémonie au local dudit lycée scella le baptême suivi d’un petit match d’exhibition au parc Gérard Christophe qui vit les Woodlenne Jacques, surtout Guérina Faubert au sommet de leur art, Marie Carmel Duperval, Gertrude Bonhomme, Solange Maitre, Solande Pierre, Roseberthe Marcelin, Aldeline Paul, Adeline Guérier, Alourde Guerrier, Yvette Guerrier remettre un beau cadeau de naissance au nouveau-né. Sportifs consommés, Dodophe et Labaze continuèrent l’aventure et lancèrent tout de suite en juillet 1987 un tournoi baptisé RENAISSANCE, un nom d’ailleurs assez significatif qui fut une grande réussite pour l’été. Des club lors en léthargie retrouvèrent une belle vitalité au point que sur la lancée, la même année, le championnat national refit surface en novembre 1987. La première édition post renaissance qui conclua par un événement dont on parle encore, l’historique finale du 4 juin 1988 diffusé Live par la TNH et qui consacra les HIRONDELLES DES CAYES créant une immense surprise en battant L’AS Tigresses 1-0 ; les Tigresses eurent le malheur de perdre Guerina Faubert tôt dans la rencontre. Gravement blessée, la mégastar de l’époque à l’entame de la rencontre dut abandonner et ne put jamais revenir à son niveau: les Roselenne Merlin, Josette Pierre, Marie Lourde Nicolas, Marie Lourde Amazan, Sainte-Anne Laguerre, athlétiques à souhait, créèrent l’un des plus grands exploits de football féminin et devinrent championnes nationales, cadeau offert à l’inoubliable Marcel Mathieu qui devait prématurément faire le grand voyage l’année d’après

L’équipe des Hirondelles ne survécut pas longtemps à la mort de son fondateur malgré plusieurs tentatives pour le relancer. L’héritage s’avérait toujours difficile à supporter ; des pièces importantes moururent il est vrai aussi peu après

La rivalité en football féminin se reporta dès 1990 Sur l’affiche Anacaona Vs Tigresses avec une équipe léogânaise qui séduisit autant par l’élégance et la beauté infinie des joueuses que par le beau jeu que déployaient les Monique Édouard, Jacqueline Rhene Naomie Lazard, Marlène Éliscar, Amalia, Ti-Botte, Magalie Jacques, Darline, Marguerite Rosir. À cette époque, chaque été, cette belle équipe voyageait aux Antilles étrenner leur beau jeu et enchanter la grosse colonie léogânaise vivant en Guadeloupe.

À partir de 1991, en dépit de l’émergence des Stars Gonaïviennes, vers 2014-2018, de l’Aigle Brillant qui domina la scène vers 2000/2005, de valentina qui plana au firmament à partir de 2009 et domina la scene, l’affiche Tigresses vs Anacaona est restée, 30 ans après, toujours émouvante et non seulement la plus ancienne mais surtout la plus attendue de football féminin.

Vers les années 2000 beaucoup de jeunes léogânaises Myrlande Terléus, Nounoune Cérilia Terléus, Simone Annery, intégrèrent l’effectif des Tigresses ce qui donna encore plus de piment et de relief au « Classico ».

C’est encourageant de souligner la persévérance et le courage des dirigeants, les mêmes depuis 30 ans de rivalité etre encore à la besogne avec cette passion qui a permis au football féminin de traverser les temps et les adversités dans un milieu qui ne fait aucun cadeau ce samedi 29 décembre 2018 au stade Silvio Cator. C’était comme il y a trente ans ; il s’agit de nouvelles actrices certes mais l’affiche n’a rien perdu de sa saveur sauf que celle-là avec l’énorme progrès des joueuses éait plus spectaculaire et porteuse d’un très beau football..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr Yves Jean=Bart

lenouvelliste.com

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