POUR CÉLÉBRER LE 50E ANNIVERSAIRE DU PREMIER MATCH DU FOOT FÉMININ JOUÉ EN HAÏTI

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“Le football féminin en Haïti, célébration du cinquantenaire du premier match de football féminin joué “, c’est le titre d’un article de l’Association de soutien au football haïtien (ASPHA) pour marquer en lettre dorée la date du 19 décembre 2021, ramenant le 50e anniversaire du premier match par des adolescentes encore à l’école. Totalmixradio.com vous propose le contenu de cet article ! 

Ce 19 décembre en cours ramène le cinquantième anniversaire de la naissance du football féminin haïtien occasionnée par le premier match disputé dans le cadre d’une rencontre amicale interscolaire tenue le 19 décembre 1971 entre le collège Canado-Haïtien et l’Institution du Sacré-Cœur. Cet événement sportif mit en présence deux équipes composées, de part et d’autre, des joueuses de volley ball de ces institutions avec à leur tête, comme entraîneur, Phèdre Georges, un élève de la classe de retho du Canado.

Dans le cadre de la commémoration de la date de cet événement footballistique fondateur, l’Association de soutien au football haïtien (ASFHA), partenaire du Rotary Club de Port-au-Prince, pour encourager les nouvelles générations et particulièrement les femmes à la pratique du sport, projette d’organiser une cérémonie pour rendre hommage aux pionniers du football féminin haïtien le lundi 20 décembre prochain au Ritz Kinam II. Les participants pourront également contempler une superbe exposition de photos et d’objets de cette journée historique.

Les organisateurs de l’événement entendent verser les fonds recueillis aux clubs interact de ces 2 institutions. Il nous faut préciser que l’Interact est un club pour adolescents de 12 à 18 ans, parrainé par un Rotary Club. Les clubs interact actifs et existants dans la capitale sont par un heureux hasard, celui du Collège Canado Haïtien créé par le Rotary Club de Pétion-Ville Sud et celui de l’Institution du Sacré Cœur, créé par le Rotary Club de Port-au-Prince.

Genèse d’une aventure cinquantenaire

Les joueuses scolaires des deux équipes dont les noms sont repris et publiés i ici sont passées ou appartiennent à la postérité pour avoir été les premières footballeuses haïtiennes à fouler l’arène footballistique d’Haïti dans le cadre du premier match féminin disputé, il y a de cela cinquante ans.

Pour les amateurs haïtiens de sports, un tel évènement sportif a marqué un tournant majeur dans l’histoire du football haïtien. Car, désormais, les filles peuvent passer le pied sur la balle. Les Nérilia Mondésir, Melchy Daëlle Dumornay, et autres brillantes footballeuses, évoluant actuellement au bon niveau professionnel dans les meilleurs championnats internationaux, qui ont élevé assez haut le niveau du football féminin haïtien, ne le seraient pas, s’il n’y avait pas ces pionnières qui avaient décidé que ce sport ne devait pas être seulement l’apanage des hommes. Elles ont donc ouvert la voie.

Ce premier match de football fut donc disputé entre deux formations représentant chacune une école congréganiste. Or, à l’époque, les deux institutions scolaires ne disposaient pas d’une équipe de football féminin. Cependant, elles avaient le même entraîneur de volley-ball, un élève de la classe de rhéto du Collège Canado–Haïtien, Phèdre Georges, connu paradoxalement pour être l’un des meilleurs joueurs de volley de sa génération, et également joueur de football.

Habituellement, lorsque les coéquipiers de Phèdre passaient le chercher à l’institution Sacré-Cœur afin de se rendre aux séances d’entraînement de l’équipe de football représentative du Canado, ils faisaient passer le temps en jouant au football sur une surface attenante au terrain de volley-ball de la cour de l’institution du Sacré Cœur en attendant la fin des entraînements. Certaines joueuses de volley-ball en profitèrent pour les rejoindre et se mirent à leur grande surprise à jouer également avec plaisir au football. Vu la nette amélioration de la condition physique des filles grâce à cette joyeuse pratique, celle-ci fut intégrée également dans le programme d’entraînement des volleyeuses du Canado.

Curieusement, les élèves de ces 2 établissements restaient après les cours classiques, non pour assister aux séances d’entraînement de volley-ball, mais plutôt aux prestations footballistiques des volleyeuses. Le comité de la classe de rhéto du Canado décida de concrétiser la suggestion émise par le trésorier Yvelt Balmir d’organiser un match inédit entre les 2 institutions en vue d’une levée de fonds pour la célébration, l’année suivante, de la fête traditionnelle des fins des études classiques de la future promotion 1973 du Collège Canado-Haïtien. Ce match qui connut un succès à tous les points de vue fut le point de départ du football féminin haïtien qui est donc considéré, en toute logique, comme la fille légitime du volley-ball féminin scolaire.

Cependant quinze jours environ avant le match, Jean-Claude Sanon, le journaliste sportif vedette du pays, au cours d’une interview, nous fit la judicieuse remarque sur le fait que l’effectif d’une équipe de volley-ball était nettement inférieur à celui du football. Les 22 joueuses pour les 2 équipes étaient nettement insuffisantes. Aussi, il fallait entreprendre des démarches en vue d’augmenter les effectifs.

Comme promis, à travers la Radio Nouveau Monde, à cette époque, la plus écoutée du pays, il fit une annonce de recrutement, invitant d’autres joueuses à renforcer les 2 équipes. Plusieurs filles étonnamment talentueuses qui avaient l’habitude de jouer avec leurs frères nous rejoignirent et participèrent à 2 séances d’entraînement. Celles-ci eurent lieu pendant les deux vendredis précédant le match historique du 19 décembre 1971 sur le terrain de l’école Jean XXIII au Bicentenaire. C’est ainsi que furent retenues Hansy Raymond du Collège Fernand Prosper, Marie Claude Laroche et Fenelle Garçon du Collège St-François d’Assise, Marie Carmelle Désiré du Lycée des jeunes filles, les sœurs Heurtelou : Magguie et Chantal du CIM, etc.

Effectivement, les recrues ont intégré l’équipe et le match se tint au parc Ste- Thérèse de Pétion-Ville dans l’après-midi du samedi 19 décembre 1971. La rencontre se solda sur un score 3 à 2 au profit de l’institution du Sacré Cœur dont un doublé de son attaquante vedette, Edwige « Didi » Brisson, avec son dossard 8. Tandis que le but de la victoire fut l’œuvre de Marie Antoinette Gauthier. Du côté du Canado, le but de Magguie Heurtelou pour ouvrir le score, et celui de Marie Carmel Désiré furent insuffisants pour assurer la victoire.

Ce match qui réunit la grande foule offrit l’occasion favorable de revenir sur certains sujets tabous quant au corps de la femme et de remettre en question certains stéréotypes masculins quant aux limites dans l’usage de certaines parties du corps de la femme pour jouer le ballon : il y eut des reprises de la tête, amorties de la poitrine… justement, pour répondre aux équipes masculines que le football est désormais féminin en Haïti.

Vers la pérennisation d’un cadre mémoriel de suivi sportif

La commémoration de cette journée de grande importance pour le football féminin a pour principal objectif principal de rappeler la valeur de cette performance historique réalisée par des élèves et l’exploiter à titre mémoriel en vue d’encourager les nouvelles générations et particulièrement les femmes aux pratiques du sport.

Concrètement, il s’agit de tenir un ensemble d’activités, dont : 1) une Exposition de photos et d’objets en lien avec cet événement historique, 2) un Diner Conférence au cours d’une réunion statutaire du Rotary Club de Port-au-Prince au Ritz Kinam II afin de réunir : a) la famille rotarienne composée de rotariens, de rotaractiens, des interactiens, des membres de l’UDC b) la famille sportive et ses invités, et c) des officiels.

Par la même occasion, les organisateurs comptent publier un article ayant une valeur de document historique de première source, utilisable par les journalistes et par tous ceux qui s’intéressent aux origines du football féminin. Cet article sera l’œuvre d’un personnage et acteur de l’époque, le Dr Gérard Janvier. D’un autre côté, ils visent à reprendre l’Exposition relatant l’exploit de leurs aînés pendant une semaine au Collège Canado Haïtien et à l’Institution du Sacré-Cœur. Cette initiative devra participer d’une volonté de créer un sentiment d’appartenance chez les élèves envers leurs écoles respectives et de promouvoir la vente par leur Comité Interact des maillots du cinquantenaire aux écoliers en vue d’une levée de fonds pour leurs projets statutaires.

Cette journée de commémoration se clôturera sur une note d’hommage. Des personnalités promotrices du premier match féminin haïtien, initiateurs et différents acteurs y ayant été impliqués à un niveau ou à un autre parmi lesquelles Phèdre Georges, considérer comme le père du football féminin haïtien, devraient recevoir les honneurs en hommage à leur engagement. On en profitera pour : 1) initier le projet du cinquantenaire des clubs interact visant à rétablir la pratique du sport scolaire au cours de l’année académique 2022-2023 ; 2) permettre à la FHF de nous entretenir de l’évolution du football féminin à travers les âges, et 3) initier le projet de musée du Football féminin à partir de l’exposition de photos et d’objets relatant l’événement.

Le public y correspondant, notamment des deux institutions scolaires en question, aura toute la latitude d’honorer de sa présence l’événement pour en rehausser l’éternel éclat.

Les deux équipes en face :

Collège Canado Haïtien : Doris HERARD (gardienne) ; Florence DUMOULIN, Félix HERARD, Marie Yves LABBÉ, Florence DEBROSSES (arrières) ; Marie Carmel DÉSIRÉ et Jocelyne GRESSEAU (demies) ; Fénelle GARÇON, Magguie HEURTELOU, Michèle CHARLMERS et Marie Claude DORFEUILLE (attaquantes) ; Margareth ALCINDOR, Ingrid RACCOURT et Jessy ANTELLUS (remplaçantes).

Institution du Sacré Cœur : Paulette RONZEAU (gardienne) ; Marie Lyne IMPÉRIAL, Marie Alice MONDÉSIR, Yolaine GÂTEAU et Danièle DASCY (C) (arrières) ; Camille COMPÈRE et Nancy LAMBERT (demies) ; Marie Claude LAROCHE, Marie-Hélène PIERRE, Edwige BRISSON et Elisabeth JACOB (attaquantes) ; Monique ANDRÉ, Monique SYLVAIN, Martha JN BAPTISTE, Yasmine LARAQUE, Monique DUMOULIN, Hancy RAYMOND et Marie Antoinette GAUTHIER (remplaçantes).

Source : Dr Gérard Janvier

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