Wednesday, 21 October 2026

AS Mirebalais : licencié, mais exclu — Quand la sélection haïtienne ne peut pas jouer à domicile, pourquoi sanctionner un club pour la même crise ?

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Alors que le Violette AC délocalise un match à domicile en Jamaïque, l’AS Mirebalais demande pourquoi sa proposition de jouer à Hinche a été rejetée.

Par Roberto Baptiste | VAR Show — Vérité Ak Roberto | 20 octobre 2026

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Depuis plus de cinq ans, la sélection nationale masculine senior d’Haïti n’a pas pu disputer de rencontre internationale sur le sol haïtien. Son dernier match de ce type remonte au 12 juin 2021, face au Canada, au stade Sylvio-Cator de Port-au-Prince. Depuis, elle poursuit ses compétitions grâce à des rencontres organisées à l’étranger.

La Fédération haïtienne de football (FHF) a donc reconnu que le déplacement forcé ne devait pas empêcher de participer aux compétitions internationales. Pourtant, selon Michel Joseph Makinzy, secrétaire général de l’AS Mirebalais, cette même fédération a refusé à son club la possibilité de se délocaliser, l’écartant ainsi des compétitions nationales parce que sa ville a été ravagée par la violence des gangs.

Cette contradiction apparente soulève des questions sur l’équité, la gouvernance et l’avenir du football haïtien.

Un même pays, une même crise, des traitements différents

Lors d’une émission spéciale de VAR Show — Vérité Ak Roberto, Makinzy a expliqué que l’AS Mirebalais avait satisfait aux exigences de licence des clubs liés à la CONCACAF et reçu une confirmation de conformité de la FHF. Malgré cela, affirme-t-il, le club s’est ensuite vu refuser l’accès à la Ligue haïtienne de football en raison de l’insécurité à Mirebalais.

Le club avait proposé une solution de rechange : le Parc Papaye, à Hinche, où il pourrait recevoir ses adversaires loin des violences qui touchent sa ville d’origine. Selon Makinzy, cette proposition a été rejetée.

La situation semble d’autant plus difficile à comprendre à la lumière des événements concernant la Violette AC. Après l’impossibilité de disputer, au lieu initialement prévu, son match retour de demi-finale de la Coupe caribéenne contre le Portmore United de Jamaïque, la CONCACAF a confirmé que la rencontre se tiendrait le 28 octobre 2026 au Sabina Park de Kingston, en Jamaïque. Le Violette demeure l’équipe recevante, alors même qu’il jouera dans le pays de son adversaire.

Si la sélection haïtienne peut disputer ses matchs à domicile à l’étranger et si la Violette peut recevoir Portmore United en Jamaïque, pourquoi l’AS Mirebalais ne pourrait-elle pas jouer au Parc Papaye, à Hinche ? Les compétitions obéissent à des règlements distincts, mais cette différence de traitement mérite une explication claire.

Un pays assiégé : près de 1,5 million de déplacés

La crise sécuritaire en Haïti n’a rien d’hypothétique et ne se limite pas à Mirebalais. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), agence des Nations unies, environ 1,49 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays lors de son évaluation d’août 2026. Ses rapports évoquent notamment le retour de familles dans des localités comme Mirebalais et Saut-d’Eau, malgré une sécurité précaire et de faibles perspectives économiques.

Les conséquences à Mirebalais ont été documentées après les violences armées de mars 2025 : l’OIM a recensé 5 981 personnes déplacées de Mirebalais et de Saut-d’Eau entre le 31 mars et le 1er avril seulement. Des communautés entières ont été déracinées ; des familles ont perdu leur logement, leurs moyens de subsistance et la possibilité d’entretenir des liens sociaux ordinaires.

On ne peut raisonnablement demander à la fédération de mettre fin, à elle seule, à la crise sécuritaire. On peut toutefois lui demander d’expliquer pourquoi la délocalisation est admise pour certaines équipes et, selon les déclarations réunies, refusée à d’autres.

Mirebalais : trois symboles de fierté

Pour Makinzy, ce différend dépasse largement la participation au championnat. Il a évoqué trois symboles durables de Mirebalais : le barrage hydroélectrique de Péligre, l’AS Mirebalais et la ville elle-même. Alors que les habitants sont dispersés depuis plus d’un an, le club espérait que des matchs au Parc Papaye permettraient aux supporters, aux familles et aux anciens voisins de se retrouver.

Ils ne pouvaient plus se rassembler en sécurité à Mirebalais, mais ils pouvaient encore célébrer leur appartenance à cette ville. Or, selon Makinzy, même cette possibilité leur a été refusée.

Le secrétaire général a souligné l’importance du football pour les milieux populaires haïtiens. Il a raconté ses visites chez de jeunes joueurs ayant grandi dans une extrême pauvreté, parfois dans des logements sans eau courante ni installations convenables. Des années plus tard, après leur passage au football professionnel, il a retrouvé leurs familles dans des conditions de vie nettement meilleures. À ses yeux, ces transformations constituent la plus grande réussite sociale du football.

Il a cité Melchie Dumornay, footballeuse haïtienne de renommée internationale originaire de Mirebalais, comme exemple du talent qui peut éclore dans des communautés disposant de peu de moyens. L’ancien international haïtien Jeff Louis, également lié à la région, a également été évoqué. Leurs parcours montrent ce qui est en jeu lorsque l’accès au football organisé se restreint.

Imaginons qu’une jeune Melchie Dumornay avait été privée de compétition au seul motif que sa ville d’origine était jugée trop dangereuse. Combien de futurs internationaux risquent de ne jamais émerger si les clubs au service des communautés vulnérables disparaissent des championnats nationaux ?

Le football haïtien devient-il élitiste ?

Makinzy a également désigné nommément Patrick Massenat, secrétaire général de la FHF, parmi les responsables qu’il tient pour impliqués dans le blocage de la participation de l’AS Mirebalais. Il a en outre affirmé que la Ligue haïtienne de football est subordonnée au Comité de normalisation et tenue d’appliquer les décisions de celui-ci, plutôt que de disposer d’une autorité indépendante sur l’admission des clubs. Ces accusations appellent une réponse des instances concernées.

Les questions auxquelles la fédération doit répondre

Les impératifs de sécurité sont légitimes. Il en va de même des inspections des stades, des critères de licence et des règlements des compétitions. Mais ces exigences doivent être appliquées avec transparence et cohérence. La FHF et son Comité de normalisation expliqueront pourquoi la délocalisation proposée par l’AS Mirebalais a été refusée, si le Parc Papaye a fait l’objet d’une évaluation officielle et quelles dispositions écrites ont motivé l’exclusion du club. Ils devraient également préciser si l’AS Mirebalais a disposé d’une voie de recours.

Depuis plus de cinq ans, la sélection haïtienne continue de jouer sans pouvoir recevoir sur son propre sol. Le Violette AC poursuit sa compétition malgré son éloignement de son enceinte habituelle. Pourquoi, dès lors, l’AS Mirebalais devrait-elle perdre sa place dans le football haïtien parce que sa communauté subit la même tragédie nationale ?

La violence des gangs doit-elle maintenant priver Mirebalais de son club de football ?

Sources et conférences complémentaires

OIM — Rapports sur les déplacements en Haïti : https://dtm.iom.int/haiti

CONCACAF — Annonce du lieu de la demi-finale Violette AC – Portmore United : https://www.concacaf.com/competitions/caribbean-cup/news/concacaf-confirms-new-date-and-venue-for-violette-ac-vs-portmore-united-fc-caribbean-cup-semifinal-match/

Canada Soccer — Haïti contre Canada, 12 juin 2021 : https://canadasoccer.com/match/3133/

Note de la rédaction : Les affirmations concernant la licence de l’AS Mirebalais, son exclusion, le stade de remplacement proposé et le comportement des responsables de la FHF provenant de l’entretien accordé par le secrétaire général Michel Joseph Makinzy à VAR Show. La Ligue haïtienne de football et le secrétaire général de la Fédération haïtienne de football ont été contactés et invités à répondre aux déclarations de Makinzy ou aux contester. Les échanges relatifs à la licence ainsi que les décisions concernant la concurrence nationale n’ont pas encore fait l’objet d’une vérification documentaire indépendante.

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