Krishna Maurice vise le circuit professionnel

Krishna Maurice s’active depuis quelques années dans la préparation question d’intégrer le circuit professionnel où il entend faire carrière et surtout tenir la dragée haute aux meilleurs. Le Nouvelliste a rencontré ce jeune âgé de 18 ans, qui est conseillé et supporté pour le moment par son père et le reste de sa famille lors de ses déplacements en terre étrangère.

Le Nouvelliste : Un Krishna nettement différent que nous avons vu évoluer sur la surface dure du Karibe Convention Center à l’occasion d’une partie amicale. Qu’est-ce qui explique ce changement chez vous après avoir connu des moments quasiment difficiles dans le jeu ?Krishna Maurice : Ce changement est dû normalement à un travail assidu aux entraînements au triple niveau technique, tactique (psychologique) et physique. J’ai pris graduellement connaissance de tout ce que je devrais corriger dans mon jeu pour progresser et cela continue sous la supervision avisée de mon nouveau coach haïtien, Ronel Pierre, qui est un certifié de la United States Tennis Association (USTA).LN : Avant, il était question pour vous de multiplier votre présence aux différents championnats et tournois pour vous faire connaitre. Après avoir passé le cap de ce difficile examen, il s’agit pour l’instant d’améliorer votre classement dans la zone et intégrer le circuit professionnel. Comment vous activez-vous pour ce nouveau challenge ?

KM : Effectivement, le focus est mis non seulement sur une série de tournois internationaux juniors de la ITF -question pour moi d’entrer dans le ranking international juvénile- mais nous visons également certains tournois Futurs du procircuit de l’ATP. Mon père a déjà préparé pour moi un calendrier de compétitions pour cette année et nous espérons trouver les moyens financiers nécessaires à son intégrale exécution. Il s’agit une vingtaine de déplacements vers d’autres pays. On doit acheter des billets d’avion et payer les frais d’hébergement à l’hôtel pour deux personnes au moins, disons pour l’essentiel des dépenses.

LN : Comment parvenez-vous à joindre les deux bouts, nous voulons dire les études et le tennis ?

KM : En acceptant de consentir beaucoup de sacrifices, je suis en terminale (philo) à l’Institution Bellerice Castera cette année et j’en profite pour remercier le staff de la direction de cette école qui a compris ma situation et a accepté mes fréquents déplacements en période scolaire, et ceci depuis la 8e AF. Tous les jours après classe, sauf le jeudi car j’ai rendez-vous à la maison avec un professeur pour des cours particuliers de maths et de physique. Je vais m’entraîner au Karibe où mes parents ont payé pour moi un membership pour l’utilisation de la salle de gym, le terrain de tennis et la piscine. Samedi, dimanche et les jours fériés je suis sur le terrain pour des séances d’entraînement ou des matches amicaux.

LN : Avez-vous un ou des sponsors qui financent vos participations aux tournois locaux et vos déplacements à l’étranger ?

KM : Jusqu’à présent non. Sinon monsieur Mervil Guillaumettre, dit Lele, au nom de Globo Sport, qui participe toujours à mes déplacements quand il est sollicité bien entendu par mes parents. J’ai bénéficié de façon ponctuelle du support de certaines personnalités par le passé, mais je n’ai jamais eu de sponsors pour mes activités tennistiques. Je voyage beaucoup, je joue des compétitions de tennis à travers toute la région centre-américaine et caraïbéenne (COTECC) également aux États-Unis d’Amérique. Je suis donc prêt à faire la promotion de produits ou services, de porter le logo de compagnies ou d’institutions sur mes équipements. Mon calendrier de compétitions 2018, qui contient le coût des billets d’avion et les frais d’hébergement à l’hôtel, est acheminé à certaines institutions de la place et des particuliers du milieu afin de solliciter leur participation.

LN : Quel est le budget de fonctionnement de Krishna Maurice durant l’année 2018 ?

KM : Globalement c’est un budget qui avoisine les $ 50 000 US si l’on tient compte des périodes de stage en Floride (pendant l’été et pour la Noël). Vous comprenez que le salaire annuel cumulé de mes parents ne peut pas répondre à un tel budget, et dire qu’ils sont mes seuls et uniques sponsors depuis tantôt dix ans. Pour atteindre le haut niveau, il faut bénéficier nécessairement du support de l’État ou du secteur privé des affaires et ce sera un investissement garanti.

LN : Mis à part vos parents qui s’activent dans le marketing, travaillez-vous sur les conseils d’un entraîneur certifié, d’un préparateur physique, d’un spécialiste en nutrition et d’un psychologue ?

KM : Ronel Pierre est mon coach actuellement. C’est un coach certifié de la USTA, il est responsable de tennis au Karibe, nous avons élaboré ensemble un programme d’entraînement pour l’année 2018 où le focus est mis sur un certain nombre de tournois avec pour objectif de les gagner et de commencer à intégrer le classement international des joueurs de tennis professionnels. Sur le site de la ITF, on peut trouver des conseils de spécialistes pour tout ce qui concerne la nutrition et j’y vais très souvent pour m’en informer. Je n’ai pas de préparateur physique attitré, et côté mental, c’est mon père qui fait de son mieux pour m’accompagner.

LN : Parlez-nous de vos points forts et points faibles dans le jeu ?

KM : Si nous parlons des points faibles je dirais d’abord que je dois travailler mon service, le 2e service surtout et curieusement avec mes 1m81 j’ai des difficultés parfois à réaliser un smash parfait et je n’aime pas le jeu de défense court (slice), la balle coupée, la balle liftée, renvoyée avec effet. Je considère ceci comme un point faible, car certaines fois c’est ce jeu qu’on doit utiliser (slice) pour se défendre dans un échange ou pour mettre l’adversaire en difficulté. Pour les points forts mon coup droit reste mon arme privilégiée et mon revers est tout aussi excellent. J’ai la capacité aussi de lire pendant un match le jeu de l’adversaire et de m’y prendre pour définir une stratégie de contre.

LN : Quels sont vos modèles; tennismen et tenniswomen sur la scène locale et internationale ?

KM : Sur le plan international, j’aime le jeu de Novak Djokovic ainsi que celui de Warinka Stanislas, car regarder c’est aussi s’entraîner. L’observation de joueurs de haut niveau peut vous apprendre beaucoup de choses. Regarder leur jeu est plus instructif que de consulter le panneau d’affichage. Je profite grandement des possibilités offertes par les réseaux sociaux (YouTube particulièrement) aujourd’hui pour regarder jouer de grands joueurs. J’ai plein de résumés de matches, de points spectaculaires, d’échanges musclés, des plus grandes compétitions de tennis sur mon ordinateur et sur mon smartphone. J’ai des vidéos de moi aussi que je regarde très souvent pour voir ce qui est à corriger ou à améliorer (consolider) dans mon jeu. Sur le plan local, je n’ai pas vraiment de modèle; sinon j’apprécie le jeu de Joël Allen. Localement mon modèle c’est Krishna Maurice (rire).

LN : Faites-nous le résumé des rendez-vous de Krishna Maurice en Haïti et à l’étranger ?

KM : Le calendrier de compétitions 2018 que mon père a préparé fait état d’un ensemble de 30 tournois jusqu’au mois de décembre. Avec une dizaine de tournois ITF, huit à dix tournois Super 8 dominicains et une dizaine de tournois locaux (juniors et open), sans oublier les trois tournois Futurs de l’ATP qui se déroulent en République dominicaine à la fin de l’année.

LN : Comment se résume une journée de Krishna Maurice ?

KM : Réveil le matin à 5h, préparation pour l’école, le petit déjeûner, je prends la direction des cours privés Bellerice Castera à Nérette (Pétion-Ville). Après les heures de classe, je vais à la salle de gym du Karibe ou sur le court de tennis pour des entrainements dans l’après-midi vers les 3h. Entre 6h et 6h30 je rentre à la maison, je révise mes cours , je visionne si nécessaire des vidéos de tennis ou je regarde des matches de championnats s’il y en a, soit de tennis ou de la NBA, surtout si les Cavaliers sont programmés. Après, je vais me coucher pour recommencer une nouvelle journée tout aussi chargée.

LN : Quel est le message de Krishna Maurice à la jeunesse haïtienne ?

KM : Mon message à la jeunesse haïtienne reste le même : on ne vous fait pas de cadeau, on doit toujours consentir de grands sacrifices pour réusssir, la motivation doit être toujours au rendez-vous, la culture de l’estime de soi un credo/Kenbe tèt ou kraze bèt ou kwè nan tèt ou, comme disait le slogan de cette campagne d’éducation civique menée par les Ministère de l’Éducation (MENFP) et des Sports (MJSAC), supportée par une dizaine d’artistes, parmi lesquels BIC (Monsieur Roosvelt Saillant) que l’on peut considérer comme un modèle pour la jeunesse. Mon père fut directeur à l’Enseignement secondaire à cette époque au MENFP. La campagne avait commencé d’abord à la maison et le message des artistes avait fait beaucoup d’impact sur les jeunes.

LN : quel est le message de Krishna Maurice aux jeunes désireux d’intégrer le tennis ?

KM : Accepter de faire des sacrifices et cultiver la modestie. Pour pouvoir apprendre et s’améliorer, il est indispensable de conserver une attitude humble.

LN : Quel est le message de Krishna Maurice aux secteurs concernés ? Secteur public, secteur privé et les organisations internationales (en matière de support) ?

KM : Je vais encore me répéter en reprenant un précédent interview que j’avais accordé à un autre journal qui m’avait adressé la même question : « Spò se youn nan vitrin yo wè Ayiti yon lòt jan. Il y a donc intérêt à investir dans le sport, d’autant qu’il s’agit d’un investissement garanti, les retours sont bénéfiques et pour l’athlète et pour celui ou celle qui investit, voire que le pays regorge de talents dans presque toutes les disciplines sportives. C’est l’occasion idéale de mettre à profit ce dividende démographique à travers tout un système de détections, d’habilités pour la pratique d’une discipline sportive donnée, de préparation d’athlètes pour le haut niveau, de placement dans de grands clubs ou franchises suivant la discipline ou dans des universités à l’étranger. Les jeunes représentent un riche potentiel pour le pays. Les secteurs public et privé, les organismes internationaux ont grand intérêt à soutenir les efforts qui se font au niveau des fédérations sportives haïtiennes pour aider les jeunes à pratiquer et à développer leur plein potentiel. C’est l’une des routes sûres qui mènent au développement durable dont on parle tous les jours. La bonne santé du pays dépend de la bonne santé de chacun de ses citoyens et nous parlons ici d’un pays (Haïti) où plus de 60% de sa population est composé de gens qui ont moins de 25 ans, selon les dernières statistiques.

LN : Quel est votre dernier mot ?

KM : Un grand merci au Nouvelliste de m’avoir offert une fois de plus l’opportunité de partager avec ses lecteurs les informations concernant mes activités sportives. Merci à tous ceux et toutes celles qui me suivent sur les réseaux sociaux, aux membres du comité de support à Krishna Maurice (ban dèyè a). Merci aux éventuels sponsors qui assurément vont se manifester bien avant qu’ils me voient à la télévision disputer un grand tournoi au nom d’Haïti. C’est maintenant qu’il faut agir si vous voulez que nos athlètes atteignent le haut niveau. !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Emmnauel Bellevue
lenouvelliste.com

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